14 octobre 2006
Je suis un gros rebelle
Je suis contre la faim dans le monde, contre les inégalités et le réchauffement climatique.
Contre la guerre.
Je suis catégoriquement et définitivement opposé au sida, au cancer et à toutes les maladies.
Je déteste l'hypocrisie et les bien-pensants.
Je lis des journaux aux idées nobles et généreuses, Le Monde pour l'objectivité et Libé pour la transgression.
Je ne sais pas où sont mon coeur ou mon portefeuille mais une chose est sûre : j'ai le nombril à gauche.
Je suis un gros rebelle.
11:36 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
24 juin 2006
La folle journée
Je cède à la demande populaire, et pour ne pas faire mentir Nelly, voici une petite note qui fera tressaillir l'électrocardiogramme de ce blog.
J'allais parler d'autre chose, mais pas moyen d'y échapper : on nous rebat les yeux et les oreilles de la fierté qu'il y a à être de même sexe et la revendication d'une soi-disant égalité. J'aurais préféré ne pas en parler, il me semble avoir consacré quelque note à ce sujet qui n'en mériterait pas tant s'il n'était symptomatique d'autre chose qui concerne tout le monde : nous vivons dans un monde de plus en plus virtuel, où la raison devenue folle fait prendre les vessies pour des lanternes.
Bref, quelques remarques.
Le mariage n'a rien à voir avec les sentiments. A fortiori, il n'a rien à voir avec une préférence pour tel ou tel sexe. Aucune inégalité vis-à-vis du mariage : n'importe qui peut se marier, quels que soient ses sentiments. J'ai l'impression que la revendication du mariage homosexuel témoigne d'une confusion sur ce point, qui concerne la société dans son ensemble on veut faire reconnaître par les institutions civiles, par la société, par l'État, de façon juridique, ce qui relève exclusivement des rapports entre personnes. Pour vouloir enregistrer ses sentiments devant un officier d'état civil, il faudrait un penchant pour le totalitarisme.
Le mariage, sur le plan civil, vise à encadrer la structure qui voit naître les enfants et doit subvenir à leurs besoins, à commencer par leur éducation. La vie est ainsi faite que les enfants naissent forcément d'un homme et d'une femme, et il s'ensuit une conséquence assez naturelle quant au mariage : il concerne un homme et une femme.
J'ai répété deux fois «un homme et une femme» dans une même phrase, ce n'est pas pure admiration pour Claude Lelouch, c'est qu'apparemment, certaines évidences n'en sont plus. La raison contemporaine semble totalement autonome par rapport au réel. Il faut même nier le réel. Une institutrice me rapportait avoir dû subir les reproches d'une maman pour avoir expliqué en classe comment on faisait les enfants. Non pour la crudité des explications (qui du reste en restaient au plan des principes sans aller dans les détails anatomiques) mais parce que sa fille avait été traumatisée d'apprendre qu'un enfant avait un père et une mère. Si je comprends bien, il faudrait vivre dans un monde complètement virtuel et que surtout les enfants ne sachent pas qu'il y a un monde réel hors de la matrice.
(Vous avez vu, je n'ai pas parlé d'homosexualité.)
20:05 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
27 mai 2006
Le Grand Sommeil
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais cela fait bien quelques jours que je n'ai plus commis de note ici-bas. L'explication est assez simple : occupé et fatigué par mon travail, par les petits soucis de santé des membres de ma famille, par quelques voyages dont certains fort agréables, je n'avais pas l'énergie ou alors pas le temps de rédiger des choses sérieuses et pas tellement plus l'envie de ne mettre que des bêtises.
Il faut que je décide ce que je vais faire de ce blog. Je pourrais continuer, avec moins de régularité que jadis, et en soignant moins la forme (je trouve cela affreusement laid de ne pas justifier, de me payer des espaces sécables là où elles devraient ne pas l'être... mais que d'efforts avec l'interface hautetfort). Je pourrais mettre des billets plus brefs. Ne mettre que des citations de lectures. Je pourrais aussi fermer. Si vous traînez encore ici, n'hésitez pas à donner votre avis.
16:47 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
03 février 2006
Islam
Puisque l'actualité voit s'enflammer les uns et les autres au sujet de l'islam et de son prophète, il me semble intéressant de relire ce qu'écrivait le bienheureux Charles de Foucauld à René Bazin en 1916 de son ermitage de Tamanrasset, dans une lettre publiée il y a quelques mois par Liberté Politique. D'après lui, seul le christianisme est à même de faire vivre ensemble dans la paix Africains du Nord et Français.
«JESUS CARITAS,
Tamanrasset, par Insalah, via Biskra, Algérie, 29 juillet 1916.
Monsieur, Je vous remercie infiniment d'avoir bien voulu répondre à ma lettre, au milieu de tant de travaux, et si fraternellement. Je pourrais, m'écrivez-vous, vous dire utilement la vie du missionnaire parmi les populations musulmanes, mon sentiment sur ce qu'on peut attendre d'une politique qui ne cherche pas à convertir les musulmans par l'exemple et par l'éducation et qui par conséquent maintient le mahométisme, enfin des conversations avec des personnages du désert sur les affaires d'Europe et sur la guerre.
I — Vie du missionnaire parmi les populations musulmanes
Habituellement chaque mission comprend plusieurs prêtres, au moins deux ou trois ; ils se partagent le travail qui consiste surtout en relations avec les indigènes (les visiter et recevoir leurs visites) ; œuvres de bienfaisance (aumônes, dispensaires) ; œuvres d'éducation (écoles d'enfants, écoles du soir pour les adultes, ateliers pour les adolescents) ; ministère paroissial (pour les convertis et ceux qui veulent s'instruire dans la religion chrétienne). Je ne suis pas en état de vous décrire cette vie qui, dans ma solitude au milieu de populations très disséminées et encore très éloignées d'esprit et de cœur, n'est pas la mienne... Les missionnaires isolés comme moi sont fort rares. Leur rôle est de préparer la voie, en sorte que les missions qui les remplaceront trouvent une population amie et confiante, des âmes quelque peu préparées au christianisme, et, si faire se peut, quelques chrétiens. Vous avez en partie décrit leurs devoirs dans votre article : " Le plus grand service " (Écho de Paris, 22 janvier 1916). Il faut nous faire accepter des musulmans, devenir pour eux l'ami sûr, à qui on va quand on est dans le doute ou la peine, sur l'affection, la sagesse et la justice duquel on compte absolument. Ce n'est que quand on est arrivé là qu'on peut arriver à faire du bien à leurs âmes.
Inspirer une confiance absolue en notre véracité, en la droiture de notre caractère, et en notre instruction supérieure, donner une idée de notre religion par notre bonté et nos vertus, être en relations affectueuses avec autant d'âmes qu'on le peut, musulmanes ou chrétiennes, indigènes ou françaises, c'est notre premier devoir : ce n'est qu'après l'avoir bien rempli, assez longtemps, qu'on peut faire du bien.
Ma vie consiste donc à être le plus possible en relation avec ce qui m'entoure et à rendre tous les services que je peux. À mesure que l'intimité s'établit, je parle, toujours ou presque toujours en tête à tête, du bon Dieu, brièvement, donnant à chacun ce qu'il peut porter, fuite du péché, acte d'amour parfait, acte de contrition parfaite, les deux grands commandements de l'amour de Dieu et du prochain, examen de conscience, méditation des fins dernières, à la vue de la créature penser à Dieu, etc., donnant à chacun selon ses forces et avançant lentement, prudemment.
Il y à fort peu de missionnaires isolés faisant cet office de défricheur ; je voudrais qu'il y en eût beaucoup : tout curé d'Algérie, de Tunisie ou du Maroc, tout aumônier militaire, tout pieux catholique laïc (à l'exemple de Priscille et d'Aquila), pourrait l'être. Le gouvernement interdit au clergé séculier de faire de la propagande anti-musulmane ; mais il s'agit de propagande ouverte et plus ou moins bruyante : les relations amicales avec beaucoup d'indigènes, tendant à amener lentement, doucement, silencieusement, les musulmans à se rapprocher des chrétiens devenus leurs amis, ne peuvent être interdites par personne. Tout curé de nos colonies, pourrait s'efforcer de former beaucoup de ses paroissiens et paroissiennes à être des Priscille et des Aquila. Il y a toute une propagande tendre et discrète à faire auprès des indigènes infidèles, propagande qui veut avant tout de la bonté, de l'amour et de la prudence, comme quand nous voulons ramener à Dieu un parent qui a perdu la foi...
Espérons qu'après la victoire nos colonies prendront un nouvel essor. Quelle belle mission pour nos cadets de France, d'aller coloniser dans les territoires africains de la mère patrie, non pour s'y enrichir, mais pour y faire aimer la France, y rendre les âmes françaises et surtout leur procurer le salut éternel, étant avant tout des Priscille et des Aquila !
II — Comment franciser les peuples de notre empire africain
Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à. celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l'esprit ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l'étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d'autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d'elle. Le sentiment national ou barbaresque s'exaltera dans l'élite instruite : quand elle en trouvera l'occasion, par exemple lors de difficultés de la France au dedans ou au dehors, elle se servira de l'islam comme d'un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant. L'empire Nord-Ouest-Africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d'habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d'habitants rompus au maniement de nos armes, dont l'élite aura reçu l'instruction dans nos écoles. Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils deviennent chrétiens.
Il ne s'agit pas de les convertir en un jour ni par force mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, œuvre surtout de laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.
Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement, oui. D'une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l'un, celui du medhi, il n'y en a pas : tout musulman, (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu'à l'approche du jugement dernier le medhi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s'il est soumis à une nation non musulmane, c'est une épreuve passagère ; sa foi l'assure qu'il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l' engage à subir avec calme son épreuve; " l'oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s'il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération ", disent-ils ; ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu'aux Allemands, parce qu'ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d'honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles mais, d'une façon générale, sauf exception, tant qu'ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du medhi, en lequel ils soumettront la France. De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d'un peuple étranger qu'on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ? Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d'apostasie, un renoncement à la foi du medhi...
III — Conversation avec des personnages du désert sur les affaires de l'Europe et sur la guerre
Je n'en ai pas. Je n'ai jamais cessé de dire aux indigènes que cette guerre est chose sans gravité : deux gros pays ont voulu en manger deux petits ; les autres gros pays, tel que les Anglais, les Russes et nous, leur font la guerre non seulement pour empêcher cette injustice, mais pour ôter à ces deux voleurs la force de recommencer ; quand ils seront bien corrigés et affaiblis on leur accordera la paix ; cela durera ce que cela durera, le résultat ne présente aucun doute, et nous avons l'habitude d'aller lentement mais sûrement... Les gens de ce pays reculé sont d'une telle ignorance que tout détail supplémentaire les induirait en erreur : ils ne comprendraient pas, et se feraient des idées fausses.
La main-d'œuvre polonaise
Votre article sur la main-d'œuvre étrangère (L'Écho de Paris du 28 mai 1916), et ce que vous y dites avec tant de vérité des Polonais me porte à vous parler d'un ami... qui a consacré sa vie à l'étude et au relèvement de la Pologne, sa patrie ; il travaille à la relever surtout par la pureté des mœurs, l'austérité de la vie et le renoncement à l'alcool. Voyant avec douleur beaucoup de Polonais partir annuellement pour l'Amérique où ils perdent leurs âmes, il cherche à détourner ce mouvement d'émigration vers la France et les colonies françaises du Nord de l'Afrique, Algérie, Maroc, Tunisie. Depuis trois ou quatre ans il a fait parvenir des propositions à ce sujet aux autorités françaises d'Algérie et du Maroc, offrant de diriger sur ces pays des familles choisies de Polonais. Rien de ce qu il a proposé n'a été exécuté jusqu'a présent. L'heure viendra peut-être bientôt de reprendre son idée et de l'appliquer non seulement à l'Algérie, à la Tunisie et au Maroc, mais aussi à la France...
Les Kabyles
Comme vous, je désire ardemment que la France reste aux Français, et que notre race reste pure. Pourtant je me réjouis de voir beaucoup de Kabyles travailler en France ; cela semble peu dangereux pour notre race, car la presque totalité des Kabyles, amoureux de leur pays, ne veulent que faire un pécule et regagner leurs montagnes.
Si le contact de bons chrétiens établis en Kabylie est propre à convertir et à franciser les Kabyles, combien plus la vie prolongée au milieu des chrétiens de France est-elle capable de produire cet effet.
Les berbères marocains, frères des Kabyles, sont encore par trop rudes ; ils seront pareils aux Kabyles, quand, comme eux, ils auront soixante ans de domination française. Saint Augustin aimait la langue punique, parce que, disait-il, c'était la langue de sa mère : qu'était la race de sainte Monique dont la langue était la punique ? La race berbère ? Si la race berbère nous a donné sainte Monique et en partie saint Augustin, voilà qui est bien rassurant. N'empêche que les Kabyles ne sont pas aujourd'hui ce qu'étaient leurs ancêtres du IVe siècle : leurs hommes ne sont pas ce que nous voulons pour nos filles ; leurs filles ne sont pas capables de faire les bonnes mères de famille que nous voulons. Pour que les Kabyles deviennent français, il faudra pourtant que des mariages deviennent possibles entre eux et nous : le christianisme seul, en donnant même éducation, mêmes principes, en cherchant à inspirer mêmes sentiments, arrivera, avec le temps, à combler en partie l'abîme qui existe maintenant.
En me recommandant fraternellement à vos prières, ainsi que nos Touaregs, et en vous remerciant encore de votre lettre, je vous prie d'agréer l'expression de mon religieux et respectueux dévouement.
Votre humble serviteur dans le Cœur de Jésus.
Charles de FOUCAULD»
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01 février 2006
Développement durable
Télescopage des calendriers, il pleut des textes ces temps-ci. Le passage suivant, tombé sous mes yeux au cours de lectures internétiques vespérales, ou plutôt carrément nocturnes, me frappe car il résume ce que je pense sur le développement et plus généralement la politique.
«Aujourd’hui encore, au temps de l’interdépendance globale, on peut constater qu’aucun projet économique, social ou politique ne remplace le don de soi à autrui, dans lequel s’exprime la charité. Celui qui agit selon cette logique évangélique vit la foi comme amitié avec le Dieu incarné et, comme Lui, se charge des besoins matériels et spirituels du prochain. Il le regarde comme un mystère incommensurable, digne d’une attention et d’un soin infinis. Il sait que celui qui ne donne pas Dieu donne trop peu, comme le disait la bienheureuse Teresa de Calcutta : «La première pauvreté des peuples est de ne pas connaître le Christ». Pour cela il faut faire découvrir Dieu dans le visage miséricordieux du Christ : hors de cette perspective, une civilisation ne se construit pas sur des bases solides.»
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30 janvier 2006
Eros
«Le christianisme a-t-il (...) détruit l'éros ?»Voilà l'une des questions posées par Benoît XVI dans Deus Caritas Est. Il est étonnant de voir ce pape déjà âgé et réputé pour son conservatisme intransigeant s'intéresser de près à l'eros et à son sort, même pour qui n'a jamais souscrit à cette vision caricaturale du personnage. Ses lignes apportent sont une bouffée d'air pur bienvenue sur un sujet brûlant.
Alors, le christianisme a-t-il tué l'eros ? Ce qui détruit l'eros, c'est, paradoxalement, son culte, c'est sa divinisation. En prenant l'exemple de la prositution sacrée, Benoît XVI nous montre que toute sacrée qu'on la prétende, elle est prostitution, elle est avilissement d'êtres humains dont on abuse, elle est déshumanisation. La soumission actuelle à un eros assimilé au sexe n'est pas plus humaine : «Il n’est pas rare aujourd’hui de reprocher au christianisme du passé d’avoir été l’adversaire de la corporéité; de fait, il y a toujours eu des tendances en ce sens. Mais la façon d'exalter le corps, à laquelle nous assistons aujourd’hui, est trompeuse. L’eros rabaissé simplement au «sexe» devient une marchandise, une simple «chose» que l’on peut acheter et vendre; plus encore, l'homme devient une marchandise. En réalité, cela n’est pas vraiment le grand oui de l’homme à son corps. Au contraire, l’homme considère maintenant le corps et la sexualité comme la part seulement matérielle de lui-même, qu’il utilise et exploite de manière calculée. Une part, d’ailleurs, qu'il ne considère pas comme un espace de sa liberté, mais comme quelque chose que lui, à sa manière, tente de rendre à la fois plaisant et inoffensif. En réalité, nous nous trouvons devant une dégradation du corps humain, qui n’est plus intégré dans le tout de la liberté de notre existence, qui n’est plus l’expression vivante de la totalité de notre être, mais qui se trouve comme cantonné au domaine purement biologique. L’apparente exaltation du corps peut bien vite se transformer en haine envers la corporéité. À l'inverse, la foi chrétienne a toujours considéré l’homme comme un être un et duel, dans lequel esprit et matière s’interpénètrent l’un l’autre et font ainsi tous deux l’expérience d’une nouvelle noblesse. Oui, l’eros veut nous élever «en extase» vers le Divin, nous conduire au-delà de nous-mêmes, mais c’est précisément pourquoi est requis un chemin de montée, de renoncements, de purifications et de guérisons.»
Le parapgraphe qui précède m'a également frappé, et pas seulement parce que le pape rappelle une blague de Descartes avec un de ses copains : «L’homme devient vraiment lui-même, quand le corps et l’âme se trouvent dans une profonde unité ; le défi de l’eros est vraiment surmonté lorsque cette unification est réussie. Si l’homme aspire à être seulement esprit et qu’il veut refuser la chair comme étant un héritage simplement animal, alors l’esprit et le corps perdent leur dignité. Et si, d’autre part, il renie l’esprit et considère donc la matière, le corps, comme la réalité exclusive, il perd également sa grandeur. L’épicurien Gassendi s’adressait en plaisantant à Descartes par le salut: «Ô Âme !». Et Descartes répliquait en disant: «Ô Chair !». Mais ce n’est pas seulement l’esprit ou le corps qui aime : c’est l’homme, la personne, qui aime comme créature unifiée, dont font partie le corps et l’âme. C’est seulement lorsque les deux se fondent véritablement en une unité que l’homme devient pleinement lui-même. C’est uniquement de cette façon que l’amour – l'eros – peut mûrir, jusqu’à parvenir à sa vraie grandeur.»
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27 janvier 2006
Villepin
Il y a chez Villepin quelque chose qui me plaît, c'est son côté ancien régime. Outre la coiffure argentée et le port aristocratique, je note déjà qu'il ne s'est jamais présenté à quelque élection que ce soit et qu'il se retrouve au poste de premier ministre par le fait du prince. C'est de ce dernier qu'il tient sa légitimité ; il est d"ailleurs étonnant de voir qu'il est mieux assis sur son fauteuil que la popularité du prince, pardon, du président, ne le laisserait supposer.
Ce que je trouve le plus agréable, en fait, c'est qu'il ne s'embarrasse guère du parlement : pour faire avancer les choses, il décrète l'urgence dès qu'il le peut, il procède par ordonnances... Je le confesse, ce sont des méthodes qui, en l'espèce, me réjouissent. La démocratie ne m'a jamais emballée : que la majorité impose sa loi à la minorité n'est pas le summum de la justice. Il y a un côté gaullien dans ce refus du parlementarisme.
Du gaullisme, Villepin a également le verbe. Au-delà d'une ambition personnelle qu'on ne peut guère nier, et assez largement répandue dans le personnel politique, je lui crois un amour sincère de la France. Ce la n'a pas l'air si courant dans les hautes sphères politiques, et c'est encore mieux que la chevelure argentée.
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